Libye : la contrebande détournerait jusqu’à la moitié des importations de carburants, selon l’ONU
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Entre 30 et 50 % des importations de carburants en Libye seraient détournées par des réseaux de contrebande, occasionnant des pertes estimées à près de 7 milliards de dollars par an. L’alerte a été lancée par Hanna Tetteh, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies en Libye, devant le Conseil de sécurité, rapporte RFI.
Libye : entre 30 et 50 % des importations de carburants seraient détournées par des réseaux de contrebande, entraînant des pertes estimées à près de 7 milliards de dollars par an, selon l’ONU.
La Libye fait face à un important trafic de carburants qui pèse sur ses finances publiques et fragilise l’approvisionnement de sa population. Selon les estimations présentées aux Nations unies, une part considérable des produits pétroliers importés dans le pays échappe aux circuits officiels pour alimenter des réseaux de contrebande.
D’après les informations rapportées par RFI, ce commerce illicite s’appuie sur plusieurs moyens de transport, notamment des pipelines clandestins, des navires et des camions-citernes. Les cargaisons seraient acheminées vers plusieurs destinations, dont le Soudan, le Tchad, le Niger, l’Italie et la Turquie.
Des subventions qui favorisent le trafic
Le système de subvention des carburants en Libye contribue à entretenir cette économie parallèle. Le litre de carburant y est vendu à un prix particulièrement bas, autour de 20 centimes d’euro selon les données rapportées par RFI. Cet écart avec les prix pratiqués sur les marchés internationaux rend la revente à l’étranger très lucrative.
Les réseaux de contrebande et les groupes armés qui en tirent profit bénéficieraient ainsi d’importantes marges, tandis que l’État libyen assume le coût des subventions sans que les produits concernés profitent nécessairement aux bénéficiaires prévus.
« L’État supporte un fardeau budgétaire croissant pour des carburants subventionnés et dont la population ne bénéficie pas une fois qu’ils ont été détournés », a averti Hanna Tetteh, citée par RFI.
La responsable onusienne souligne également les conséquences directes de ce phénomène : des pertes financières pour les pouvoirs publics et des pénuries de carburant pour les habitants ainsi que pour des institutions essentielles.
Les détournements de carburants interviennent dans un contexte de difficultés financières pour les autorités libyennes. L’incapacité de l’État à honorer certaines de ses obligations a notamment été illustrée par des manifestations d’enseignants du secteur public en septembre, qui réclamaient le paiement d’arriérés de salaires, selon RFI.
Les pertes liées à la contrebande réduisent les ressources disponibles pour financer les dépenses publiques et compliquent davantage la gestion des finances nationales.
Depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver une stabilité politique durable. Le pays reste marqué par des divisions institutionnelles et territoriales, avec deux pôles de pouvoir rivaux : le gouvernement dirigé par Abdelhamid Dbeibah, basé à Tripoli et reconnu par les Nations unies, et les autorités de l’Est, soutenues par le maréchal Khalifa Haftar.
Dans ce contexte de fragmentation politique, la lutte contre les réseaux de contrebande constitue un enjeu majeur pour la gouvernance économique du pays. Le détournement des carburants subventionnés prive les finances publiques de ressources importantes et contribue à maintenir les pénuries que subit une partie de la population.
