RDC : où sont passés les 700 millions USD destinés à la riposte contre Ebola ?
Près d’un milliard de dollars américains auraient été décaissés par les bailleurs internationaux pour soutenir la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo. Mais le suivi de ces ressources laisse apparaître un écart de plus de 700 millions de dollars, selon le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, qui réclame des comptes aux partenaires chargés de leur mise en œuvre.
ParLALarissa Kint
, mise à jour le 17 oct. 2026

’argent a été annoncé, les financements déclarés comme décaissés, mais leur parcours reste en partie à éclaircir. Lors d’une conférence de presse tenue mercredi 14 octobre 2026 à Kinshasa, le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), le Dr Jean Kaseya, a dénoncé les insuffisances constatées dans le suivi des fonds mobilisés contre l’épidémie d’Ebola.
D’après les chiffres présentés par le responsable sanitaire, les donateurs affirment avoir versé 962 millions de dollars américains aux partenaires chargés d’exécuter les activités de riposte. Or, au terme d’un exercice de vérification mené avec les autorités sanitaires congolaises, un peu plus de 200 millions de dollars seulement ont pu être retracés auprès des organisations ayant participé à cet exercice. L’écart dépasse ainsi les 700 millions de dollars.
L’exercice de vérification devait permettre de rapprocher les montants déclarés par les bailleurs de ceux reconnus par les organisations bénéficiaires. Mais la participation des partenaires concernés est restée limitée.
Selon Jean Kaseya, moins de 30 % des organisations sollicitées ont pris part à la réunion de suivi organisée avec les responsables de l’Institut national de santé publique (INSP). Cette faible participation complique la reconstitution du circuit financier et ne permet pas, à ce stade, d’établir une situation exhaustive des ressources reçues et utilisées.
Le responsable d’Africa CDC a également signalé qu’environ 100 millions de dollars parmi les montants retracés seraient encore détenus par certains partenaires sans avoir été dépensés. Cette somme appelle, elle aussi, des explications sur les raisons de sa disponibilité et sur son affectation aux activités prévues.
Des comptes attendus des organisations bénéficiaires
Pour Jean Kaseya, l’enjeu principal est désormais d’identifier la destination des fonds dont le parcours n’a pas pu être établi lors de cette première vérification. Il affirme disposer d’informations communiquées par les donateurs sur les décaissements annoncés et entend poursuivre les démarches auprès des organisations concernées.
L’écart constaté ne signifie toutefois pas, à lui seul, que les sommes en question ont été détournées. Les données disponibles indiquent avant tout que leur traçabilité n’a pas encore été établie de manière suffisante au cours de l’exercice rapporté. La clarification de leur destination nécessite donc des justificatifs complémentaires et une vérification approfondie.
Cette exigence de redevabilité intervient alors que la RDC fait face à une épidémie particulièrement meurtrière. Au 13 octobre 2026, le pays avait enregistré plus de 9 000 cas confirmés d’Ebola et 4 381 décès, selon les données rapportées par Reuters à partir des chiffres de l’Institut national de santé publique.
Dans ce contexte, la transparence financière constitue un enjeu majeur pour les partenaires sanitaires et les populations touchées. La traçabilité des ressources doit permettre de vérifier que les financements annoncés correspondent aux moyens effectivement disponibles pour les interventions sur le terrain.
Au-delà des déclarations de décaissement, la question reste donc entière : où se trouvent les plus de 700 millions de dollars que l’exercice de vérification n’a pas permis de retracer ? Les prochaines vérifications devront apporter des éléments concrets sur leur destination et leur utilisation.
