Bunia : des patrouilles nocturnes accusées de tracasseries et d’amendes informelles
À Bunia, le climat de confiance entre la population et les forces de l’ordre est mis à rude épreuve à la tombée de la nuit. Dans la commune de Nyakasanza, des habitants dénoncent des actes de tracasserie et de rançonnement présumés lors des contrôles de véhicules. Dans une déclaration faite le 2 novembre 2026, le conseiller communal Olivier Nguna Bahati a dénoncé les abus qu’il attribue à certains éléments des forces de défense et de sécurité.
Par
Larissa Kint

epuis plusieurs jours, des patrouilles nocturnes sont déployées à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, dans le cadre des efforts visant à prévenir l’insécurité. Mais si ces opérations ont pour objectif de lutter contre la criminalité urbaine et de traquer les auteurs d’actes criminels, les méthodes employées par certains agents sur le terrain suscitent des critiques.
Selon les dénonciations publiques d’Olivier Nguna Bahati, ces pratiques se multiplieraient dès la tombée de la nuit et concerneraient plusieurs points stratégiques de la ville. Les ronds-points Sayo, Salongo et Rwambuzi, ainsi que les axes du pont Muchanga, de Matete, de Yambi-Kindia et du pont Kirikou, figurent parmi les endroits particulièrement signalés.

Lire aussi · CartonsRDC : Trente ex-otages des ADF retrouvent leurs familles après plusieurs jours de captivitéEn Ituri, 30 anciens otages des ADF, dont des femmes et des enfants, ont retrouvé leurs familles le 2 novembre 2026, dans le territoire de Mambasa, après plusieurs mois de captivité.
Le mode opératoire dénoncé reposerait sur des contrôles d’identité qui, selon les témoignages rapportés, donneraient lieu à des perceptions d’argent non officielles. Les patrouilleurs exigeraient notamment la présentation de cartes d’électeur ou d’autres pièces d’identité. En cas d'absence de ces documents, ou parfois même lorsque les personnes contrôlées seraient en règle, des sommes d’argent leur seraient réclamées sous forme d’amendes informelles.
Ces accusations interviennent alors que les autorités militaires provinciales ont déjà multiplié les rappels à l’ordre. Récemment, le commandement de la région militaire avait exhorté les militaires à mettre fin aux comportements consistant à intimider les civils pour obtenir des avantages financiers.
Pour les acteurs politiques locaux et les représentants de la société civile, de telles pratiques risquent non seulement de ternir l’image des forces de défense et de sécurité, mais aussi de fragiliser les activités économiques nocturnes à Bunia. Petits commerçants, conducteurs de taxis-motos et travailleurs dont les activités se prolongent tard dans la soirée pourraient être contraints de limiter leurs déplacements par crainte de contrôles abusifs.
Face à cette situation, Olivier Nguna Bahati appelle à une réaction des autorités compétentes. Les habitants concernés réclament notamment un encadrement plus strict des patrouilles, une clarification des horaires et des règles applicables aux contrôles, ainsi que des sanctions contre les agents reconnus coupables d'abus.
Alors que les patrouilles nocturnes sont censées renforcer la sécurité des habitants, les accusations de tracasseries soulèvent une question essentielle : comment protéger la population sans porter atteinte à ses droits et à sa liberté de circulation ?
