Zambie : Hichilema entame son second quinquennat dans un climat tendu
ParJosué Lwamba
, mise à jour le 7 sept. 2026

e stade National Heroes de Lusaka était aux couleurs du pouvoir. Des milliers de sympathisants de l’United Party for National Development (UPND), vêtus de rouge, ont convergé vers l’enceinte pour assister à la prestation de serment de Hakainde Hichilema, reconduit à la tête de la Zambie pour cinq années supplémentaires.
À 64 ans, le président zambien a officiellement pris les rênes de son deuxième mandat ce mardi 1er septembre 2026. Il avait été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du 13 août avec environ 60 % des suffrages, contre près de 38 % pour Brian Mundubile, selon les résultats officiels. Mais cette victoire intervient dans un contexte bien différent de celui de son arrivée au pouvoir en 2021.
Le scrutin du 13 août devait confirmer l’ancrage de Hichilema à la tête du pays. Il a plutôt ouvert une nouvelle séquence de tensions. Son principal adversaire, Brian Mundubile, a rejeté les résultats et dénoncé des irrégularités dans le processus électoral. Des observateurs ont également fait état de problèmes liés au décompte des voix, à la présence de militaires dans certains bureaux de vote et aux restrictions visant l’opposition.
La contestation a pris une tournure encore plus sensible après l'arrestation de Mundubile et de son colistier Makebi Zulu. Les deux responsables ont été formellement inculpés de trahison, une accusation qu'ils rejettent. Le principal opposant de Hichilema n'a donc pas assisté librement à l'investiture de celui qu'il accuse d'avoir bénéficié d'un scrutin contestable.
Cette situation constitue l'une des principales contradictions de ce nouveau mandat : le président appelle au rassemblement au moment même où une partie de l'opposition se retrouve derrière les barreaux.
Devant une foule acquise à sa cause, le chef de l'État a choisi de mettre l'accent sur l'avenir plutôt que sur la bataille électorale. Son discours s'est voulu rassembleur. Hichilema a assuré que les citoyens ayant voté pour d'autres candidats avaient eux aussi été entendus et qu'ils faisaient partie du même projet national.
Le président veut désormais capitaliser sur ce qu'il présente comme les acquis de ses cinq premières années au pouvoir. Son premier mandat a notamment été marqué par des réformes économiques, la restructuration de la dette du pays et la mise en œuvre de mesures sociales, parmi lesquelles la gratuité de l'enseignement primaire et secondaire.
Pour ce nouveau quinquennat, le discours présidentiel est davantage tourné vers la croissance, l'emploi, les opportunités économiques et l'amélioration des conditions de vie. La cérémonie de Lusaka a également pris une dimension diplomatique. Plusieurs dirigeants africains ont fait le déplacement pour assister à l'entrée officielle de Hichilema dans son deuxième mandat. Parmi eux figuraient notamment le président kényan William Ruto et son homologue zimbabwéen Emmerson Mnangagwa.
La présence de ces dirigeants intervient alors que la Zambie conserve une place stratégique dans la région australe, notamment grâce à son poids dans le secteur du cuivre. Le pays reste également au centre d'intérêts économiques et géopolitiques croissants, notamment de la part de la Chine et des États-Unis.
Au-delà des applaudissements du stade, le deuxième mandat de Hakainde Hichilema sera surtout jugé sur sa capacité à réconcilier performance économique et crédibilité démocratique. Le président dispose désormais de cinq années supplémentaires pour consolider les réformes engagées. Mais il devra également répondre aux inquiétudes suscitées par la gestion du scrutin et par la situation de ses adversaires politiques.
Son appel à l'unité nationale prend ainsi une dimension particulière. Car pour Hakainde Hichilema, le défi n'est plus seulement de gagner une élection. Il est désormais de gouverner une Zambie où près de quatre électeurs sur dix ont choisi un autre candidat et où le principal challenger se trouve aujourd'hui en détention. Le deuxième mandat commence donc dans les chants et les célébrations à Lusaka. Mais, pour le président zambien, la véritable épreuve sera de transformer cette victoire électorale en stabilité politique et en confiance durable.
