Zaïre, 2 avril 1997 : Le jour où tout a basculé
Kinshasa retient son souffle. Le 2 avril 1997 marque l’un des derniers actes du régime Mobutu. L'ombre de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila s’étend sur le pays. L’étau se resserre. Mobutu Sese Seko, malade, affaibli mais toujours maître des arcanes du pouvoir, tente un ultime coup de poker : nommer son plus grand rival, Étienne Tshisekedi, Premier ministre.
Par
Josué Lwamba

n geste desespere ? Une manoeuvre calculee ? La capitale est en effervescence. Dans les rues, les partisans de l'UDPS exultent, d'autres denoncent une farce. Tshisekedi, inflexible, refuse de legitimer un regime qu'il combat depuis des decennies.
« Je considere comme nulles toutes les modifications institutionnelles depuis mon limogeage en 1992 », tranche-t-il d'un ton cinglant.
Loin de calmer la tempete, cette nomination la ravive. Le pays est a genoux : economie en lambeaux, institutions minees par la corruption, population a bout de souffle.
Mobutu et Tshisekedi, deux figures que tout oppose, mais liees par l'Histoire. Amis dans les annees 1960, ennemis jures des les annees 1980. Tshisekedi, pere de l'opposition democratique, incarne le rejet du mobutisme. Mobutu, lui, joue son va-tout pour sauver son trone.
Mais les des sont jetes. Les etats-Unis, autrefois garants du regime, tournent le dos a leur ancien allie. Sur le terrain, l'AFDL poursuit sa progression. La nomination de Tshisekedi ? Un ecran de fumee. Kinshasa le sait, le Zaïre est a l'aube d'un basculement historique.
Mai 1997 : la chute
Quelques semaines plus tard, l'inevitable se produit. Kabila entre dans Kinshasa. Mobutu s'envole vers un exil sans retour. Le Zaïre devient la Republique Democratique du Congo. Le reve d'une transition pacifique s'effondre.
Le 2 avril 1997 restera comme le dernier sursaut d'un regime condamne. Une date charniere ou espoirs et illusions se sont fracasses sur le mur de l'Histoire.
