Santé : médicaments traditionnels, quels effets sur l’organisme ?
Par
Josué Lwamba
, mise à jour le 19 sept. 2026

ans les habitudes de nombreuses familles à Lubumbashi, ces produits occupent encore une place importante. Ils se transmettent de génération en génération et sont recommandés pour soulager diverses douleurs, les troubles digestifs, la fièvre, la fatigue, les hémorroïdes ou encore certains problèmes liés à la sexualité. Pour certains habitants, c’est une médecine de proximité, accessible et ancrée dans la culture. Pour d’autres, un recours lorsque les traitements modernes n’ont pas produit les résultats espérés.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ 80 % de la population de la Région africaine de l’OMS a recours à la médecine traditionnelle pour répondre à ses besoins de santé. Pour la République démocratique du Congo, l’OMS a également cité une estimation d’environ 80 % dans ses documents consacrés aux médicaments traditionnels. À l’échelle mondiale, l’Organisation indique que 170 États Membres ont déclaré utiliser la médecine traditionnelle et estime que 88 % des pays y ont recours sous une forme ou une autre.
Des chiffres qui témoignent de l’importance de ces pratiques, sans pour autant signifier que 80 % des Africains consomment quotidiennement des plantes ou des décoctions. Devant une barrière noire, sur l’avenue Kaseba, dans le quartier Gambela II, Jacques Ntumba assume son choix. Pour lui, les remèdes traditionnels ont déjà fait leurs preuves.
« Je bois les médicaments traditionnels parce que j’ai appris ça de beaucoup d’hommes. Ils nous aident à combattre plusieurs maladies, notamment la malaria, les hémorroïdes internes et externes. Chacun consomme en fonction de son organisme. Moi, lorsque je bois ça, je me sens très à l’aise. Mais lorsque je bois les médicaments modernes, je ne vois pas ma maladie finir aussi facilement. Je le bois surtout si je compte passer des actes sexuels pour garder le corps en forme. »
Dans son cabinet de travail à Lubumbashi, Étienne Yuma, médecin généraliste, insiste sur un mot : dosage. En blouse blanche, il explique que le médicament moderne est normalement accompagné d’une posologie déterminée en fonction de plusieurs paramètres.
« Le problème revient au niveau du dosage. Tout est bien calculé et indiqué dans le médicament moderne. Dans ce monde traditionnel, il y a beaucoup de profanes, c’est-à dire des gens qui vous donnent les médicaments en désordre, sans connaître les doses, sans connaître le poids, voire l’âge de la personne qui peut prendre ce médicament. On ne peut pas prendre le médicament moderne et traditionnel [ensemble] sans précaution, sinon vous allez tuer quelqu’un. »
Certaines plantes contiennent des substances biologiquement actives capables de produire un effet thérapeutique. Mais mal identifiées, mal préparées ou mal dosées, elles peuvent également provoquer des effets indésirables. Pour Honoré Kanda Muteba, médecin spécialiste en médecine traditionnelle, cette pratique reste avant tout un patrimoine qu’il faut préserver, mais aussi encadrer.
« Depuis des générations, nos ancêtres ont appris à connaître les plantes, leurs différentes propriétés et leurs utilisations pour soulager certains problèmes de santé. Je crois profondément que notre patrimoine médical traditionnel mérite d’être étudié, documenté et valorisé. Mais cette valorisation doit aller de pair avec la responsabilité. Nous devons distinguer les connaissances traditionnelles réellement utiles des pratiques qui peuvent mettre les patients en danger. Lorsqu’une maladie nécessite une prise en charge médicale urgente ou spécialisée, il ne faut pas retarder les soins appropriés. »
Et d’ajouter :
« Certaines maladies peuvent sembler difficiles à traiter, et certaines personnes peuvent rapporter avoir obtenu une amélioration grâce à des préparations traditionnelles. Toutefois, nous devons éviter de présenter un remède comme capable de guérir toutes les maladies ou comme une solution garantie lorsqu’une efficacité n’a pas été scientifiquement démontrée. Mon ambition est donc de contribuer à une médecine traditionnelle mieux comprise, mieux encadrée et davantage respectée, tout en reconnaissant les progrès et les limites de chaque approche thérapeutique. »
À Lubumbashi, comme ailleurs, le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir si un remède traditionnel est réputé efficace. Il faut aussi savoir ce qu’il contient, à quelle dose, pour quelle maladie et avec quels risques.
