RDC : Une gouvernance budgétaire à la dérive selon l’ODEP
L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a tiré la sonnette d’alarme dans une étude publiée ce jeudi 28 novembre 2024. Le rapport met en lumière de graves lacunes dans la gestion budgétaire de la République démocratique du Congo (RDC), accusant le gouvernement d’élaborer des budgets déconnectés des priorités stratégiques nationales et des réalités sociales du pays.
Par
Josué Lwamba
, mise à jour le 8 mars 2025

epuis 2023, l'absence d'un Plan National Strategique de Developpement (PNSD) pour guider l'elaboration des lois de finances a plonge le pays dans une navigation "sans boussole", selon l'etude. Le cadre des depenses a moyen terme (CDMT), essentiel pour aligner les priorites budgetaires sur les politiques publiques, reste inexistant.
« Les lois de finances, y compris celle de 2025 actuellement examinee par le Senat, souffrent d'un grave manque de coherence avec les politiques publiques et les realites socio-economiques du pays », denonce l'ODEP.
Le rapport pointe egalement du doigt des desequilibres flagrants dans la repartition des ressources. Les institutions et ministeres dits "de souverainete" enregistrent des depassements budgetaires systematiques, tandis que les ministeres a vocation sociale, tels que l'Agriculture, la Peche et l'elevage, sont sous-finances. Une situation inquietante dans un pays ou plus de 70 % de la population vit dans la pauvrete.
L'ODEP souligne par ailleurs des failles majeures dans la mobilisation et l'utilisation des recettes publiques. La faiblesse du suivi exerce par le Parlement, l'Inspection Generale des Finances (IGF) et la Cour des Comptes entraîne un manque de transparence et une inefficacite chronique dans l'execution budgetaire. a cela s'ajoutent des regimes fiscaux speciaux excessifs, qui favorisent exonerations et exemptions fiscales, reduisant davantage les ressources de l'etat.
Pour 2025, le budget general de la RDC est estime a 51 133 milliards de francs congolais (environ 20 milliards USD), une somme que l'ancien Premier ministre Matata Ponyo n'a pas hesite a qualifier de "budget appauvrissant".
« Avec un taux de croissance economique nominal de 5,7 % et un taux de croissance demographique de 3,5 %, la croissance par habitant se limite a 2,2 %. Si l'on ajoute un taux d'inflation de 9,2 %, le taux de croissance economique reelle devient negatif, indiquant un appauvrissement inevitable de la population congolaise », a-t-il declare devant l'Assemblee nationale.
Le cadre macroeconomique decrit dans le rapport revele une chute alarmante du taux de croissance economique, passe de 8,9 % en 2022 a 5,4 % en 2024. Les projections pour 2025 n'offrent guere de repit avec une estimation a 5,7 %. Cette stagnation economique s'ajoute a des defis structurels persistants, renforcant la precarite de millions de Congolais.
Face a ce tableau sombre, l'ODEP appelle a une refonte urgente de la gouvernance budgetaire en RDC. La mise en place d'un PNSD, d'un CDMT operationnel et d'un cadre de controle rigoureux est jugee indispensable pour inverser la tendance et aligner les finances publiques sur les besoins reels de la population.
L'etude conclut en avertissant que l'avenir economique de la RDC dependra largement de la capacite du gouvernement a surmonter ces defis et a rendre le budget de l'etat un outil de developpement, plutot qu'un facteur d'appauvrissement.
