RDC : le retour de Denise Mukendi à Kinshasa durcit le front judiciaire contre les voix pro-M23
ParJosué Lwamba
, mise à jour le 8 sept. 2026

ncienne proche du pouvoir de Félix Tshisekedi, Denise Mukendi s’était progressivement transformée en figure très critique du régime. Ses prises de position en faveur de l’AFC/M23, ses publications contre le chef de l’État et certaines personnalités de son entourage l’avaient placée au centre de plusieurs controverses. Son transfert vers Kinshasa ne constitue toutefois pas, à ce stade, une condamnation : le ministère de la Justice rappelle qu’elle bénéficie de la présomption d’innocence et affirme que son arrestation relève de procédures judiciaires en cours.
Le gouvernement congolais assume désormais une ligne plus offensive contre ce qu’il présente comme l’utilisation des réseaux sociaux à des fins de nuisance. Le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a qualifié l’arrestation de Denise Mukendi de « première d’une longue liste », laissant entendre que d’autres procédures pourraient suivre. Pour Kinshasa, les réseaux sociaux ne constituent plus seulement un espace de confrontation politique : ils sont également considérés comme un terrain où peuvent se développer des campagnes coordonnées, des discours de haine et des opérations d’influence.
Cette affaire intervient quelques jours après la présentation, au Conseil des ministres, d’une stratégie destinée à renforcer la protection de l’espace informationnel congolais. Le gouvernement envisage notamment une task force interministérielle, un dispositif permanent de veille ainsi qu’une coopération accrue avec les plateformes numériques. Le Code du numérique adopté en 2023 doit servir de base juridique à ce dispositif. L’objectif affiché est de s’attaquer non seulement aux contenus jugés abusifs, mais également aux mécanismes qui permettent leur diffusion et leur amplification.
Pour Denise Mukendi, ce retour forcé en RDC intervient après un parcours judiciaire déjà mouvementé. Elle avait été condamnée en décembre 2024 à trois ans de prison pour faux bruits, faux en écriture et injures publiques dans le dossier lié à l’opposant Jacky Ndala, avant de bénéficier d’une libération conditionnelle en mars 2025. Installée ensuite hors du pays, elle avait continué à publier des contenus hostiles au pouvoir congolais et à afficher son soutien à l’AFC/M23. Elle fait également l’objet d’une procédure distincte en Belgique, où elle a été condamnée par défaut à trois ans de prison ferme pour non-présentation d’enfant.
Son arrivée à Kinshasa pourrait ainsi devenir un test pour la nouvelle stratégie judiciaire et numérique du pouvoir congolais. Les autorités devront désormais établir précisément les faits qui lui sont reprochés et conduire la procédure dans le respect des garanties judiciaires. Car au-delà du cas Denise Mukendi, c’est la frontière entre lutte contre les campagnes de haine, protection de l’espace informationnel et répression de la dissidence en ligne qui se retrouve au cœur du débat en RDC.
