RDC : Ebola franchit les 3 000 morts, la riposte confrontée à ses limites
ParJosué Lwamba
, mise à jour le 7 sept. 2026

’Ituri reste le principal foyer de contamination. La province comptabilise à elle seule 5 065 cas confirmés et 2 305 décès, concentrant ainsi l’essentiel du bilan national. Mais la progression du virus ne s’arrête pas aux limites de cette région du nord-est : le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo, le Sud-Kivu et le Bas-Uélé sont également touchés. Cette extension géographique complique le suivi des chaînes de transmission et augmente la pression sur les structures sanitaires.
À cette difficulté s’ajoute une particularité majeure de l’épidémie : le virus responsable appartient à la souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement homologué. Des candidats thérapeutiques et vaccinaux sont toutefois évalués dans le cadre d’essais cliniques. Les autorités ont également commencé à utiliser le vaccin Ervebo, homologué contre la souche Zaïre, notamment auprès des travailleurs de santé, dans l’attente de solutions spécifiquement adaptées au Bundibugyo.

Sur le terrain, la prise en charge se heurte surtout à une réalité préoccupante : une part importante des malades meurent avant d’arriver dans un centre de traitement. Les données récentes montrent que les décès communautaires représentent une proportion majoritaire du bilan. Au 31 août, par exemple, 43 des 57 décès enregistrés au cours des dernières 24 heures avaient eu lieu dans les communautés, contre 14 dans les centres de traitement. Cette situation réduit les possibilités d’isolement précoce et rend plus difficile l’identification des personnes ayant été en contact avec les victimes.
La riposte doit également composer avec les résistances communautaires et les difficultés d’accès à certaines zones. En Ituri, les autorités sanitaires ont signalé des refus d’isolement ainsi que des corps n’ayant pas pu être prélevés après des décès suspects. Or, chaque enterrement réalisé sans prélèvement peut laisser une chaîne de contamination dans l’ombre, notamment parmi les proches ayant soigné le malade ou participé aux rites funéraires. À cela s’ajoutent la saturation de certaines structures et, dans certaines régions, l’insécurité qui complique le travail des équipes.
Face à cette course contre le virus, les équipes de riposte cherchent désormais à mieux anticiper les déplacements de la population. L’OMS et ses partenaires utilisent notamment des données anonymisées de téléphonie mobile pour cartographier les mouvements autour des principaux foyers et identifier les zones susceptibles d’être prochainement exposées. Une approche inédite dans la réponse à Ebola, qui illustre l’ampleur du défi : alors que le seuil des 3 000 morts vient d’être franchi, contenir l’épidémie dépend désormais autant de la capacité à soigner les malades que de celle à repérer les transmissions avant qu’elles ne deviennent invisibles.
