RDC : dans le Nord-Kivu, les civils pris au piège entre l’AFC/M23 et les FDLR
Par
Josué Lwamba
, mise à jour le 17 oct. 2026

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, rapporte également la découverte d’au moins 60 corps après des opérations menées le 17 juin à Masisi. Le document ne permet pas d’établir combien de ces personnes étaient des combattants. Pour les Nations unies, l’enjeu ne réside donc pas uniquement dans les affrontements entre groupes armés. Les opérations menées contre les FDLR s’accompagnent également d’atteintes touchant des civils.
Dans son analyse de la situation dans l’est de la RDC, l’ONU relève que les affrontements entre l’AFC/M23 et les FDLR à Masisi et Rutshuru ont déjà provoqué des dizaines de morts parmi les populations civiles. Cette situation intervient alors que Kinshasa continue de défendre le désarmement et le démantèlement des FDLR comme l’un des éléments du règlement de la crise sécuritaire dans l’est du pays.
Mais sur le terrain, la présence de ce groupe armé reste associée à une autre réalité : celle des violences exercées contre les populations. À Rutshuru, mais aussi à Masisi, Nyiragongo et Walikale, les FDLR sont accusées de plusieurs formes d’atteintes aux droits humains.
Des responsables communautaires et des personnes soupçonnées de collaborer avec l’AFC/M23 figurent notamment parmi les personnes ciblées. Les faits rapportés comprennent des assassinats, des disparitions forcées, des enlèvements et des extorsions. Selon les données rapportées par l’ONU, depuis le 20 juin, les FDLR ont été impliquées dans au moins44 incidents ou cas d’atteintes aux droits humains, concernant89 victimes, dont15 personnes tuées lors d’exécutions sommaires.
Ces violences s'inscrivent dans un conflit où les alliances et les adversaires changent selon les territoires, tandis que les populations restent exposées aux représailles. La situation s’est encore tendue au cours des mois d’août et de septembre. Les combats se sont intensifiés à Masisi et Walikale, impliquant l’AFC/M23 et plusieurs groupes armés.
À travers ces différents épisodes, un même constat se dégage : la distinction entre le front et les zones habitées devient de plus en plus difficile à maintenir. Les FDLR sont visées par des opérations militaires de l’AFC/M23. Mais ces opérations se déroulent dans des territoires où vivent des milliers de civils. Dans le même temps, les FDLR sont elles-mêmes accusées d’attaquer des personnes considérées comme proches de leur adversaire.
L’ONU avait déjà relevé, dans ses précédents rapports sur le Nord-Kivu, que les combats entre groupes armés et les opérations militaires avaient entraîné des morts et des déplacements importants de populations. Ainsi, derrière les noms des groupes armés et les cartes militaires, se dessine une autre réalité : celle d’habitants contraints de fuir, de familles séparées et de communautés exposées aux représailles.
Dans le Nord-Kivu, le désarmement des FDLR reste donc lié à une question plus large :comment mettre fin à la menace des groupes armés sans que les opérations menées au nom de la sécurité ne deviennent elles-mêmes une nouvelle source de victimes civiles ?
