Poésie et IA : Des auteurs de Lubumbashi défendent l'âme humaine face aux machines
Lubumbashi, Haut-Katanga, RDC - 9 novembre 2024 – Alors que l'intelligence artificielle (IA) se fraie un chemin dans le monde de la création littéraire, le débat fait rage parmi les poètes et écrivains. La poésie, un art traditionnellement ancré dans la sensibilité humaine, peut-elle être enrichie par des technologies qui génèrent des textes imitant des œuvres humaines ? Trois figures de la scène littéraire de Lubumbashi, Higelin Mutomb, Kalombo II et Carl Kalire, nous livrent leurs points de vue.
Par
Josué Lwamba
, mise à jour le 9 mars 2025

our Higelin Mutomb, la poesie est bien plus qu'un simple agencement de mots ; elle est un art intime, presque sacre. « Faire de la poesie, c'est comme faire l'amour au texte », reprend-il, citant un auteur. L'arrivee de l'IA, bien que capable de generer des textes poetiques, souleve une profonde inquietude : « Ce domaine peut a la fois enrichir et detruire. L'IA vient decourager le travail des poetes de raconter les choses qu'ils voient. Elle manque de respect pour ce qui est sacre. » Mutomb rappelle que la poesie, loin d'etre figee, a su evoluer au fil des epoques, devenant un pilier essentiel de toute litterature. Pourtant, il se demande si l'IA ne risque pas de briser cette evolution naturelle, en coupant la poesie de sa connexion humaine.
Kalombo II, autre poete influent du Haut-Katanga, partage cette inquietude. Bien que certains poemes generes par IA reussissent a reproduire les formes classiques et modernes, ils manquent, selon lui, de la profondeur emotionnelle propre a l'humain. « Ils ont des mots, mais pas de vie », affirme-t-il. Plus radical encore, Kalombo II estime que la poesie et la litterature en general doivent rester exclusivement humaines : « Les textes generes par l'IA manquent de vie. La litterature ne peut se limiter a un assemblage de mots ; elle est habitee par l'ame humaine. »
Carl Kalire, ecrivain et responsable de la maison d'editions Calures a Lubumbashi, adopte une position plus nuancee. Bien qu'il admette ne pas utiliser l'IA pour ses propres creations, il reconnaît son potentiel a transformer la creation artistique, sans pour autant egaler l'authenticite humaine. « L'IA, geree par des algorithmes, est incapable de saisir le sens profond et la complexite des emotions », explique-t-il. Il illustre cette limite a l'aide d'une anecdote personnelle : « Un jour, mon assistant vocal m'a repondu "Moi aussi, je vous aime beaucoup" sans aucun veritable sentiment. L'assistante vocale peut-elle vraiment ressentir de l'affection ? » Kalire utilise cette experience pour souligner l'ecart fondamental entre la technologie et l'emotion humaine.
Cependant, Kalire ne ferme pas totalement la porte a l'IA. Selon lui, bien que l'IA puisse imiter les styles de poetes classiques ou contemporains, il est difficile de predire si elle pourra un jour egaler la profondeur emotionnelle et la subtilite des poetes humains. « L'avenir nous le dira », ajoute-t-il prudemment, en precisant que l'IA pourrait, dans un cadre strictement encadre, jouer un role de soutien pour les poetes, sans alterer la sensibilite intrinseque de cet art.
Le debat entre ces trois auteurs met en lumiere les questions essentielles qui entourent l'arrivee de l'IA dans le domaine litteraire. Alors que l'IA ouvre de nouvelles perspectives dans le monde de la creation, l'incertitude persiste : pourra-t-elle veritablement insuffler a la poesie l'emotion et la profondeur qui font sa singularite ? Pour l'instant, il semble que la reponse penche en faveur des poetes humains, dont l'art repose sur des emotions que la technologie ne peut encore ni comprendre ni imiter.
