Lubumbashi : Christian Kunda Mutoki raconte les « années noires » dans « Le Vimba »
Par
Josué Lwamba
, mise à jour le 16 sept. 2026

e titre tient en deux mots, mais renvoie à une époque lourde de souvenirs. Le « Vimba », cette farine jaunâtre importée d’Afrique australe, fait partie des marqueurs alimentaires des années de crise à Lubumbashi. Dans l’ouvrage publié aux éditions Hibiscus, Christian Kunda Mutoki s’en sert comme fil conducteur pour raconter une société confrontée au manque.
La crise économique et sociale n’est pas abordée ici comme une succession de faits historiques. Elle apparaît à travers les expériences ordinaires : les difficultés à se nourrir, les pénuries, les changements dans les habitudes familiales et les moyens déployés pour continuer à vivre malgré la précarité.
Pour le professeur ordinaire, Emmanuel Banywesize, qui a présenté une première lecture du livre lors du vernissage, « Le Vimba » dépasse les frontières de la littérature.
« Le livre n’est pas seulement un livre littéraire, il est une mémoire, il est un témoignage, il est une chronique humaine », souligne-t-il.
Cette dimension se retrouve dans la manière dont l’auteur fait du quotidien une porte d’entrée vers l’histoire. Les difficultés matérielles deviennent alors le reflet de transformations plus profondes dans la société lushoise.
Didier Makal, professeur des universités et journaliste, s’est intéressé à la portée sociale du récit. Il relève notamment la place accordée aux filles et aux garçons dans certaines familles, les mécanismes de débrouille et cette tendance, née de la nécessité, à rechercher davantage la quantité que la qualité. Une lecture qui renvoie à l’« Article 15 », expression populaire longtemps associée à l’idée de devoir se débrouiller par soi-même face aux difficultés de la vie. Pour Didier Makal, le terme « Vimba » finit ainsi par dépasser sa signification première.
« Le Vimba devient alors, pour moi, un état d’esprit, un mode de pensée, une philosophie de la déchéance, de l’échec, du menu et de l’inconsistant assumés », explique-t-il.
Le choix du Centre d’art Biasasa, à Katuba, n’est pas non plus fortuit. Christian Kunda Mutoki a voulu présenter son œuvre dans cet environnement qui occupe une place particulière dans son parcours.
« Katuba et plus largement Lubumbashi sont de ces lieux que l’on ne quitte jamais tout à fait. Ils demeurent en nous, comme une terre originelle, une mémoire vivante, une source intarissable d’inspiration », déclare l’auteur.
Avec « Le Vimba », Christian Kunda Mutoki ne cherche donc pas seulement à raconter une période de privations. Il remet dans le débat public les traces laissées par une crise qui a façonné des habitudes, des réflexes et une partie de la mémoire collective de Lubumbashi. Le défi est désormais celui de la transmission, faire en sorte que cette mémoire ne reste pas confinée aux souvenirs de ceux qui ont vécu ces années.
