Ituri : à Djugu, l’insécurité asphyxie le grenier agro-pastoral
ParLALarissa Kint
, mise à jour le 16 oct. 2026

es violences récurrentes perpétrées par les groupes armés ont transformé les zones de production en véritables sanctuaires de la terreur. Aujourd’hui, cette insécurité persistante dresse un mur infranchissable devant les agriculteurs et les éleveurs, menaçant directement la sécurité alimentaire de toute la région.
Dans un communiqué rendu public le 8 octobre 2026, la société civile alerte sur l’aggravation de la situation dans la région. Pour les milliers de paysans qui dépendent de la terre pour survivre, se rendre aux champs est devenu un pari risqué.
Dans plusieurs localités à forte vocation agricole, de vastes étendues de cultures maraîchères, de haricots et de manioc sont laissées à l’abandon. Les incursions armées ciblent directement les civils. Les femmes paient un tribut particulièrement lourd, subissant des exactions alors qu’elles tentent simplement de récolter de quoi nourrir leurs familles.
À cette crise de la production s’ajoute le blocage des circuits commerciaux. Les axes routiers menant vers les grands centres de consommation, à l’instar de Bunia, sont régulièrement coupés ou soumis aux tracasseries des miliciens.
Les rares denrées récoltées pourrissent ainsi sur place, faute de moyens de transport sécurisés permettant leur acheminement vers les marchés.
Le secteur pastoral à son tour frappé
Le secteur pastoral, pilier historique des communautés locales, subit un sort tout aussi dramatique. Les conflits armés ont entraîné le pillage systématique du bétail ainsi qu’une restriction drastique des mouvements des éleveurs.
Privés d’accès aux pâturages des hautes terres, de nombreux professionnels ont dû abandonner leurs activités ou brader leurs bêtes avant de fuir vers des sites de déplacés. Ce démantèlement de l’écosystème pastoral fragilise profondément la cohésion économique qui liait autrefois agriculteurs et éleveurs à travers les marchés locaux.
Face à cette paralysie, la production agricole locale s’effondre. Cette pénurie croissante ouvre la voie à une forte dépendance vis-à-vis des produits d’importation, qui occupent désormais une place importante sur les étals des grands centres urbains.
Les organisations humanitaires et la société civile multiplient les alertes. Sans une pacification durable des zones rurales de Djugu et un retour effectif de l’autorité de l’État, la crise sécuritaire risque de se transformer durablement en une crise humanitaire et alimentaire généralisée.
