Haut-Katanga : Le calvaire des enfants travailleurs dans les carrières de moellons de Lubumbashi
Vendredi 04 Avril 2024 - L'entrée de Lubumbashi, dans la carrière de moellons Damas à Kimbeimbé, une scène choquante se répète quotidiennement. Des dizaines d'enfants, certains à peine âgés de 8 ans, s'échinent à casser et transporter des pierres sous un soleil de plomb. Leur rêve d'éducation s'effrite jour après jour au rythme des coups de marteau.
Par
Josué Lwamba

arceline Mwamba, 10 ans, montre ses mains couvertes de callosites. « Je travaille ici depuis deux ans », confie-t-elle en triant des moellons. « Les bons jours, quand j'arrive a vendre deux sacs, je rapporte 4.000 francs a la maison ». a ses cotes, Judith Kalenga, 12 ans, explique mecaniquement le prix des remblais tout en continuant son travail : « 2.000 francs le sac, c'est le tarif pour tout le monde ». Ces enfants, qui devraient etre sur les bancs de l'ecole, deviennent malgre eux des soutiens de famille.
Le cas de Francois Mulenda, 9 ans, est particulierement poignant. « Je ne suis jamais alle a l'ecole », avoue-t-il en evitant les regards. « Mes parents disent qu'on n'a pas les moyens d'acheter les cahiers ». Pourtant, comme tous les enfants de son age, il nourrit l'espoir d'apprendre : « Je veux savoir lire et ecrire pour avoir un vrai metier plus tard ». Un reve qui semble bien lointain dans l'univers poussiereux de la carriere.
Un parent d'enfant travailleur, qui a requis l'anonymat, justifie cette situation avec amertume : « Quand la survie de la famille est en jeu, l'education devient un luxe qu'on ne peut pas s'offrir ». Ce temoignage resume le dilemme cruel auquel sont confrontees de nombreuses familles de la region. Selon les dernieres estimations, pres de 65% des enfants travaillant dans cette carriere ne frequentent pas l'ecole, tandis que 82% de leurs familles survivent avec moins de 2 dollars par jour.
Les autorites provinciales reconnaissent le probleme mais semblent depassees par son ampleur. Un responsable de l'education au Haut-Katanga explique : « Nous menons regulierement des campagnes de sensibilisation, mais sans solutions economiques alternatives, il est difficile de changer les mentalites ».
Cette situation pose une question cruciale pour l'avenir de la region : comment briser ce cercle vicieux ou la pauvrete entraîne la descolarisation, qui a son tour perpetue la pauvrete ? La reponse a cette interrogation determinera le sort de toute une generation d'enfants du Katanga.
