Fukushima : Le défi du démantèlement nucléaire entame une nouvelle étape
Treize ans après l'accident nucléaire dévastateur de Fukushima, la centrale continue de marquer l'histoire avec des avancées technologiques inédites dans le démantèlement nucléaire. Tokyo Electric Power Company (Tepco), l'opérateur de la centrale, se prépare à franchir une étape cruciale et périlleuse : l'extraction des 880 tonnes de combustibles nucléaires qui ont fondu après la fusion des réacteurs, provoquant l'une des pires catastrophes nucléaires depuis Tchernobyl.
Par
Josué Lwamba
ette semaine, Tepco deploiera une sonde a l'interieur du reacteur 2 pour effectuer un premier essai d'extraction de debris radioactifs. Ce bras robotique, long de 22 metres, a ete specialement concu pour resister a des niveaux de radioactivite extreme. Developpe conjointement par une filiale britannique de Veolia Nuclear Solutions et Mitsubishi Heavy Industries, ce dispositif est un exemple frappant des avancees technologiques necessaires pour gerer les consequences de catastrophes nucleaires de grande envergure.
L'objectif de cette premiere mission est de retirer quelques grammes de corium, un melange hautement radioactif forme de combustible fondu, d'acier et de beton. Cet echantillon, bien que minuscule par rapport aux 880 tonnes de combustible fondu presentes, est essentiel pour ameliorer la comprehension de l'etat des reacteurs et pour perfectionner les outils robotiques qui seront utilises dans les phases ulterieures du demantelement.
Le processus de demantelement de la centrale de Fukushima est complexe et dangereux. Chaque etape doit etre menee avec une precision absolue, en mettant la securite au coeur des operations. Lors d'une recente conference de presse, un responsable de Tepco a reaffirme au micro de nos conferes de RFI, cet engagement : « Nous procederons avec prudence en faisant de la securite notre priorite absolue. »
Malgre ces defis, le Japon ne renonce pas a l'energie nucleaire. Au contraire, le pays redouble d'efforts pour relancer ses reacteurs existants afin de reduire ses emissions de gaz a effet de serre. Un signal fort a ete donne recemment avec l'inspection par l'Autorite de regulation nucleaire japonaise de la centrale de Shimane, exploitee par Chugoku Electric. Si tout se deroule comme prevu, ce reacteur a eau bouillante pourrait redemarrer des decembre, marquant la premiere relance d'un tel reacteur depuis l'accident de Fukushima.Le Japon vise a porter la part du nucleaire a 20-22% de son mix energetique d'ici 2030, contre seulement 8% aujourd'hui. Cette ambition est un indicateur de la determination du pays a utiliser l'energie nucleaire comme levier pour atteindre ses objectifs climatiques, malgre les stigmates laisses par l'accident de 2011.
Le tsunami du 11 mars 2011 avait frappe de plein fouet la centrale de Fukushima, detruisant les systemes de refroidissement de trois des six reacteurs en activite a l'epoque. Cela avait conduit a une fusion des coeurs, entraînant la formation de « debris de combustible » hautement radioactifs, aujourd'hui l'objet d'efforts colossaux de demantelement. Ces debris sont un rappel constant des dangers inherents a l'energie nucleaire, mais aussi des capacites humaines a innover face a des defis technologiques sans precedent.
Josué Lwamba
