Centrafrique : malgré l’interdiction légale, des adolescentes toujours menacées de mariages précoces

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Dans un reportage diffusé par RFI, le correspondant à Bangui, Rolf Steve Domia-Leu, met en lumière le combat de jeunes filles confrontées aux pressions familiales en faveur des mariages précoces. À l’occasion de la Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, des témoignages recueillis dans le quartier KM5, à Bangui.
14 ans, Sophonie a dû fuir son village pour échapper à un mariage envisagé par ses parents avec un homme d’affaires beaucoup plus âgé qu’elle. Aujourd’hui installée chez sa tante, elle raconte les conséquences de cette décision sur sa vie.
« Mes parents voulaient me marier alors que je n’avais que 14 ans, à un homme d’affaires beaucoup plus âgé et très riche. J’ai fui le village pour venir ici chez ma tante. Depuis, je vis chaque jour dans le stress », témoigne-t-elle.
À quelques rues de là, Nafissatou, 17 ans, redoute elle aussi un mariage qu’elle ne souhaite pas. La jeune fille veut poursuivre ses études et demande à ses parents de lui laisser la possibilité de construire son avenir avant de choisir son futur conjoint.
« Je ne veux pas de ce mariage qui se prépare. J’ai aussi des projets pour ma vie », explique-t-elle, espérant continuer sa scolarité et prendre elle-même cette décision une fois adulte.
Ces témoignages illustrent les tensions entre les aspirations des adolescentes et les attentes de certaines familles. Au KM5, Alphonse Ribard, notable engagé dans la lutte contre les mariages précoces, évoque plusieurs facteurs susceptibles d’alimenter le phénomène, notamment les difficultés économiques et les crises que traverse le pays.
Selon lui, l’absence de statistiques nationales fiables complique l’évaluation précise de l’ampleur du problème. Il estime que certaines décisions parentales sont motivées par des considérations financières ou matérielles.
Pourtant, le cadre juridique centrafricain interdit le mariage forcé et exige le consentement libre et éclairé des futurs époux. Entre la protection prévue par la loi et la réalité vécue par certaines adolescentes, la question de l’application effective de ces dispositions demeure centrale.
Instituée par les Nations unies en 2012, la Journée internationale de la fille vise à attirer l’attention sur les obstacles auxquels les filles sont confrontées et à promouvoir leurs droits. En Centrafrique, les récits de Sophonie et de Nafissatou rappellent que l’accès à l’éducation, la liberté de décision et la protection contre les unions imposées restent des enjeux majeurs.
Pour ces adolescentes, la demande est claire : pouvoir étudier, réaliser leurs projets et décider librement de la personne avec laquelle elles souhaitent partager leur vie.
