Cameroun : Clément Atangana s’éteint à Paris, après huit ans à la tête du Conseil constitutionnel
Clément Atangana est mort dimanche 4 octobre 2026 à Paris, à l’âge de 84 ans. Premier président du Conseil constitutionnel camerounais, il aura dirigé pendant près de huit ans une institution devenue incontournable dans les grandes séquences électorales du pays. Magistrat de carrière, il laisse derrière lui un parcours judiciaire considérable, mais aussi un bilan politique et institutionnel profondément discuté.
Par
Josué Lwamba
, mise à jour le 6 oct. 2026

a disparition intervient au terme d’un long parcours dans l’appareil judiciaire camerounais. Né le 20 décembre 1941 à Ekoumeyek, dans le département du Nyong-et-So’o, Clément Atangana avait consacré l’essentiel de sa carrière à la magistrature avant d’être choisi par Paul Biya, le 7 février 2018, pour prendre la tête de la nouvelle juridiction constitutionnelle. Il devient alors le premier visage d’une institution appelée à arbitrer les rapports entre la Constitution, les pouvoirs publics et les acteurs politiques.
Pendant son passage à la tête du Conseil constitutionnel, son nom s’est progressivement confondu avec celui de l’institution. Les grandes échéances électorales lui ont donné une exposition particulière dans un pays où le contentieux électoral constitue souvent l’un des moments les plus sensibles de la vie politique. En 2018, lors de la présidentielle, le Conseil constitutionnel examine les recours introduits par les candidats et confirme la victoire de Paul Biya. Les décisions rendues sous la présidence de Clément Atangana sont alors suivies avec une attention particulière par les partis et leurs militants.
C’est également au cours de ces audiences que s’installe l’une des expressions les plus associées à son passage au Conseil constitutionnel :« irrecevable ». La formule revient dans plusieurs décisions relatives aux recours électoraux et finit par devenir, dans le débat public camerounais, presque un symbole de cette période. Pour ses défenseurs, elle traduit l’application rigoureuse des règles de procédure. Pour ses détracteurs, elle illustre au contraire une justice constitutionnelle peu ouverte aux contestations de l’opposition.
Le scrutin présidentiel de 2025 devait confirmer cette place centrale. À nouveau, le Conseil constitutionnel s’est retrouvé au cœur du contentieux électoral. La candidature de Maurice Kamto, portée par le Manidem, avait notamment été invalidée, tandis que Paul Biya était finalement déclaré vainqueur. Les résultats ont été contestés par plusieurs acteurs de l’opposition, qui ont mis en cause l’impartialité de l'institution. Ces critiques appartiennent désormais à l’histoire politique récente du Cameroun, mais elles continuent de peser sur l'évaluation du passage de Clément Atangana à la tête du Conseil.
C’est là toute l’ambivalence de son héritage. D’un côté, ses soutiens retiennent le parcours d’un magistrat expérimenté, placé à la tête d’une institution nouvelle et appelée à jouer un rôle déterminant dans la stabilité institutionnelle du pays. De l’autre, ses adversaires politiques et certains observateurs associent son mandat à un Conseil constitutionnel accusé d’avoir contribué au maintien de l’équilibre politique existant. Les réactions suscitées par sa mort reflètent cette dualité : les hommages à l’homme de droit côtoient les critiques de son bilan institutionnel.
Au-delà des controverses électorales, la trajectoire de Clément Atangana rappelle aussi la place particulière de la magistrature dans le système politique camerounais. En occupant successivement des fonctions importantes dans l’appareil judiciaire avant d'accéder à la plus haute juridiction constitutionnelle, il aura traversé plusieurs décennies de la vie publique du pays. Sa carrière s'est ainsi déroulée dans un environnement institutionnel profondément marqué par la longévité du pouvoir de Paul Biya.
Sa disparition laisse désormais une institution à la recherche d’un nouveau président. Le Conseil constitutionnel, créé pour jouer le rôle d’arbitre dans les principales questions constitutionnelles et électorales, doit poursuivre son fonctionnement après la disparition de celui qui en fut le premier président. Cette succession revêt une importance particulière au regard des tensions politiques accumulées autour des dernières élections et des critiques adressées à l'institution.
La mort de Clément Atangana ne referme donc pas seulement le chapitre d’une carrière judiciaire. Elle met aussi un terme à une période au cours de laquelle un même magistrat aura incarné, pendant près de huit ans, l’une des institutions les plus sensibles du paysage politique camerounais. Son nom restera associé à la construction du Conseil constitutionnel autant qu’aux décisions rendues lors des deux dernières présidentielles.
