Bukavu : après l’incendie du marché de Kadutu, des commerçants face à des pertes considérables
Par
Josué Lwamba
, mise à jour le 12 oct. 2026

u lendemain du feu, le marché de Kadutu offre un visage inhabituel. Là où s’entassaient marchandises, étals et stocks, il ne reste par endroits que des tôles déformées, des murs noircis et des amas de débris.
Pour les commerçants, le sinistre se mesure surtout en pertes. Madeleine, qui commercialisait en gros du poisson importé du Kenya, affirme avoir vu disparaître en quelques heures une marchandise qu’elle venait tout juste de réceptionner.
« Toute ma marchandise a été détruite par le feu. J’ai perdu toutes mes économies. Je suis sous le choc », témoigne-t-elle à RFI.
À proximité du marché, le quartier de Nyamugo a lui aussi été touché. Un immeuble de quatre étages s’est notamment effondré après avoir été ravagé par les flammes. Patrick Mufuto, vendeur de boissons, dit avoir perdu l’ensemble de son stock. Il estime ses pertes à plus de 5 000 dollars.

« Ça fait cinq ans que je me débrouille, mais je viens de perdre tout en une seule journée », déplore-t-il.
Une ville régulièrement confrontée aux incendies
Au-delà du seul marché de Kadutu, le nouvel incendie ravive les inquiétudes de la société civile sur la sécurité des habitations et des commerces à Bukavu.
Selon Maître Amani Lwamba Shadrack, président du Parlement citoyen pour la démocratie et la bonne gouvernance en RDC, les incendies enregistrés au cours des douze derniers mois ont provoqué des pertes humaines et matérielles considérables.
La structure dit avoir recensé 57 décès, dont 13 enfants, ainsi que 2 831 maisons détruites. Elle estime par ailleurs à plus de 4 000 le nombre de ménages, soit plus de 18 000 personnes, ayant dû trouver refuge dans des églises, des écoles ou auprès de familles d’accueil après avoir perdu leur logement.
Des chiffres qui donnent une autre dimension au sinistre de Kadutu : derrière chaque maison détruite ou chaque boutique réduite en cendres, ce sont souvent plusieurs personnes qui se retrouvent privées de revenus et de logement.
La question de l’origine des incendies reste également sensible. La société civile évoque plusieurs pistes, allant de l’imprudence aux installations électriques dangereuses et aux raccordements frauduleux au réseau. L’hypothèse d’actes criminels n’est pas non plus écartée dans certains cas. Mais elle doit être établie par des enquêtes, au même titre que les autres causes possibles.

À Kadutu, les commerçants attendent désormais de connaître l’ampleur exacte des dégâts et les éventuelles mesures d’accompagnement qui pourraient être mises en place.
Dans une ville où l’activité commerciale constitue une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles, chaque incendie représente bien plus qu’un sinistre matériel. Il peut anéantir des années d’épargne, interrompre une activité économique et contraindre des familles entières à recommencer à zéro.
L’incendie du 6 septembre rappelle ainsi l’urgence de renforcer la prévention, la sécurité électrique et les dispositifs d’intervention dans les zones commerciales densément peuplées de Bukavu.
